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Bonjour.

J'ai l'honneur de vous présenter un article rédigé par Mme Lise Roméo De Zerbi, professeur en langue espagnole à la retraite, titulaire d'un mémoire de Master 1 sur la bibliothèque de Vicente Blasco Ibañez à Fontana Rosa, et ami de la famille Blasco Ibañez au travers de Sigfrido, le fils cadet de l'écrivain.

Cet article permet de saisir l'atmosphère et la vie à Fontana Rosa durant la période de six années durant lesquelles Vicente Blasco Ibañez a poursuivi son activité à Menton où il est décédé.

Je vous en souhaite une belle découverte.

Patrick Estève - Président du Cercle Blasco Ibañez.

 

BLASCO IBANEZ et FONTANA ROSA

Par

Lise Roméo De Zerbi

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Nous remercions Don Sigfrido Blasco Ibanez, fils cadet du romancier Vicente Blasco Ibanez pour sa bonté et générosité qui nous a ouvert les portes du « jardin des romanciers ». Nous avons commencé notre travail dans la bibliothèque de Fontana Rosa à Menton avec énormément d’enthousiasme, il nous a semblé très intéressant de pouvoir cataloguer les livres appartenant à cette force de la nature presque à la manière « hugolienne » qui était Blasco Ibanez.

Sa personnalité complexe et multiple nous attirait et nous pensions pouvoir trouver un peu de ce valencien passionné dans les jardins et dans la bibliothèque de cette magnifique propriété, aujourd’hui presque disparue sous une végétation luxuriante.

Nous avons également possédé une source d’information sûre et abondante grâce à Don Sigfrido qui a vu Fontana Rosa s’embellir et avait participé à la vie quotidienne et mondaine de l’écrivain.

En plus de ce témoin direct, nous avons consulté des documents relatifs à Fontana Rosa et à la vie de Blasco Ibanez sur la Côte d’Azur.

Après le premier mois de travail dans la bibliothèque, à la lueur d’une lampe à gaz, dans une ambiance lugubre, nous avions seulement réussi à mettre un semblant d'ordre et sauvé des champignons quelques centaines de volumes.

Dans la partie nord de la bibliothèque, le plafond laissait passer la pluie et l’humidité et nous avons même trouvé de nombreux rats, morts et vivants, et même une chauve-souris qui criait comme un bébé. Pendant l’hiver, nous n’avons pu travailler longtemps à cause du froid puisqu’il n’existait pas de chauffage et le thermomètre se trouvait parfois sous zéro degré celsius.

Depuis le début, nous avons adopté des vêtements adéquats pour travailler exclusivement à Fontana Rosa, à cause des insectes et surtout de la poussière qui couvrait tout, qui nous a même obligés à porter un masque.

Une couche de salpêtre occultait la paroi est et les courants d’air nous ont provoqué de très forts rhumes. Pendant cette période, des individus inconnus ont pénétré plusieurs fois par effraction dans la bibliothèque, brûlé des papiers déjà classés, et ont volé le masque mortuaire de Blasco Ibanez, des fiches, des lunettes, des crayons et des livres de l’auteur traduits en russe et ont détruit l’ordre établi des étagères.

Même les livres en ordre nous ont coûté énormément de travail parce qu’une partie de la bibliothèque qui existait à l’entrée de la Tour avait été mélangée avec la bibliothèque principale et plusieurs étagères avaient disparu.

De plus, Fontana Rosa avait souffert des occupations des troupes françaises après la défaite de 1940 et ensuite des troupes italiennes, qui toutes deux ont volé des livres.

La maison était restée près de 10 mois en ligne de feu, de septembre 1939 jusqu’au 20 juin 1940. Fontana Rosa a été en grande partie détruite par les vandales durant la guerre et les voleurs. En plus, elle a été inoccupée durant une longue période et depuis la fin de la guerre, à part le portier qui habite la maison du jardinier, il n’y a plus personne dans la maison.

Malgré toutes ces mésaventures, il y a encore des restes très intéressants dans la bibliothèque et c’est cela que nous allons essayer de démontrer.

LA COTE D’AZUR, PREMIER CONTACT

La Côte d’Azur, depuis la fin du 19ème siècle, était très à la mode. La Reine Victoria d’Angleterre avec sa cour, les Cours de Belgique et de Russie avaient l’habitude de passer les hivers à Nice et à Monte-Carlo.

Cette mode a été suivie par toutes les hautes personnalités d’Europe. Toute la noblesse, les riches bourgeois, l'élite des politiciens, artistes, écrivains d’Europe, passaient l’hiver sur la Côte à partir de 1860, année durant laquelle la province des Alpes-Maritimes fut intégrée à la France.

La plus grande partie des hôtels de luxe vont se construire entre 1880 et 1900. Ils vont acquérir rapidement une grande notoriété surtout ceux de Monte-Carlo, Cannes et Nice.

Le climat de la Côte d’Azur était connu pour soulager de nombreuses maladies et en plus, il existait de nombreux divertissements de tous genres : Casino, jeux, théâtre, carnaval, des salons où l’on trouvait le « tout Paris » des promenades en fiacre.

Les premiers contacts de Vicente avec la Côte d’Azur se situent à la fin de l’été 1917, pendant la guerre. Après avoir écrit à Paris « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » et plusieurs articles sur la guerre, il se trouve fatigué et son médecin va lui conseiller, pour soigner sa fatigue nerveuse et son diabète, d'aller se reposer au bord de la Méditerranée.

A sa première venue sur la Côte d’Azur, il va loger à Nice à l’Hôtel Rhul sur la Promenade des Anglais où il trouve une certaine quiétude.

Au bord de la Méditerranée, il va commencer à écrire « Mare Nostrum » en souvenir de sa terre natale. Cet ouvrage sera publié en mars 1918, et Rex Ingram va faire un film dans les studios de la Victorine à Nice.

Après son séjour au Rhul, il va vivre dans un palais à Cimiez et après au Cap Ferrat. A partir de décembre, il va rentrer sur Paris.

En janvier de l’année 1918, il retourne sur la Côte d’Azur mais cette fois, il s’installe à Monaco où il va vivre retiré presque un an. Ses médecins lui avaient prescrit de se reposer et de s’abstenir de toute occupation mentale.

Cependant, il ne respectera pas les conseils de ses médecins et se mettra à nouveau au travail.

« Après quelques semaines de repos forcé, j’ai senti le besoin de composer un nouveau roman » dit-il à un de ses amis.

Il est sur le territoire idéal pour observer et prendre des notes pour composer son ouvrage « les ennemis de la femme » dont l’action se situe à Monte Carlo où habitent les riches et nobles russes.

Après son voyage en Argentine, il revient sur la Côte d’Azur une troisième fois.

Il va résider à Nice dans la villa Kristy au 46 du Boulevard Carnot. Cette villa possède un jardin avec de merveilleux palmiers et domine un incomparable panorama sur le port et la Baie des Anges.

A partir de ce moment, le romancier va chercher une propriété à acheter pour y vivre et y travailler.

A cette époque, après la guerre, de nombreuses propriétés étaient à vendre et il désirait s’installer soit au Cap Ferrat soit au Cap Martin. Cela ne fut pas possible car il ne voulait pas acquérir de propriété possédant un monument funéraire dans son jardin.

Il voulait recréer le paysage et l’ambiance de la Malvarrosa, sa propriété au bord de la Méditerranée à Valence (Espagne).

En 1921, Blasco Ibanez est connu dans le monde entier. La traduction de ses ouvrages lui a apporté célébrité et fortune.

Il souhaitait s’installer dans sa nouvelle propriété sur la Côte d’Azur avec la femme qu’il aime, Dona Elena Ortuza. Dans cette ambiance cosmopolite, il pourra profiter de la présence de ses amis et compatriotes ainsi que du climat favorable pour ses problèmes de santé.

Pendant plusieurs années, il restera ami avec le Maire de Menton, Monsieur Fontana. Ils se sont rencontrés plusieurs fois au Casino de Monte Carlo, aux réunions chez des amis communs et à la pâtisserie Vogade à Nice sur la Place Massena dans laquelle il rencontre son ami l'écrivain Gomez Garrillo.

Lors de ses réunions, le Maire de Menton lui propose d’acheter une propriété à Menton pour essayer de faire connaître cette petite ville de la Méditerranée.

Il lui demande un jour de venir visiter à Menton une propriété que la Douane avait confisquée à un peintre allemand, Monsieur Brougier, par décret du gouvernement de 1914.

Cette propriété se trouvait à 300 mètres de la frontière avec l’Italie et s’appelait « Fontana Rosa ». A Menton, les nombreux orangers et le climat plus sec et chaud de toute la Côte, lui rappelèrent Valencia. Il va être enthousiaste quand il va visiter ces jardins tropicaux où poussaient toutes sortes de fleurs, de plantes et des arbres peu connus en France.

Le romancier donnera l’ordre à son notaire d’acheter cette propriété à n’importe quel prix.

L’ACHAT DE FONTANA ROSA

Le 21 août 1921, Vicente Blasco Ibanez accompagné de son homme d’affaire, arrive au Palais de Justice de Nice pour participer à la vente aux enchères de Fontana Rosa.

Dans les archives de la famille Blasco Ibanez, nous avons trouvé l’acte de vente sorti du Tribunal Civil de 1ère instance, arrondissement de Nice, Département des Alpes-Maritimes dans lequel est décrite la présentation de vente.

« Liquidation de bien séquestré, formule du cahier des charges… ordonnant la mise en liquidation des biens actuellement placés sous séquestre du Sieur Brougier comprenant les meubles mobiliers et titres, désignons pour liquidation Monsieur Clerbout, Receveur de l’enregistrement à Menton.

Désignation du premier lot :

Une propriété située à Menton-Garavan, près de la gare, composée de trois immeubles :

A – La villa Fontana Rosa élevée sur sous-sol d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage avec jardin d’une contenance de 2846 m² environ.

B – La villa Amélie élevée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage avec jardin d’une contenance de 355 m² dépendances.

C – Le pavillon du jardinier élevé d’un premier étage sur le garage.

D – D’un grand terrain au nord, servant de jardin potager d’environ 2000 m².

Le tout porté sur cadastre sous le numéro 819 à 821.

Origine de la propriété : les immeubles présentement mis en vente appartenant au Sieur Brougier Adolphe, sujet allemand, ayant demeuré à Menton pour avoir été acquis par acte passé devant Maître Cornillon, Notaire à Menton, le 17 avril 1906.

Au terme d’une ordonnance du 24 décembre 1914, Monsieur le Président du Tribunal de Nice l’a mis sous séquestre…..

Le 25 août 1921, Vicente Blasco Ibanez achète Fontana Rosa :

Procès-verbal de l’adjudication de vente de l’immeuble : l’an mil neuf cent vingt et un, le 25 août à 10 heures de relevée, il a été par nous, Monsieur Aimable Mari, Inspecteur de l’enregistrement, procédé dans les formes prescrites par la loi du 7 octobre 1919 et par le décret du 23 octobre 1919, la vente aux enchères publiques au plus offrant et dernier enchérisseur et à l’extinction des feux des biens ci-après désignés….. L’enchère est ouverte sur la somme de 70.000 francs… A cet effet, il a été allumé successivement trois feux pendant lesquels le prix a été porté au moyen de multiples enchères à 170.200 francs par Monsieur Blasco Ibanez, Homme de Lettres, Commandeur de la Légion d’Honneur, de nationalité espagnole vivant à Nice 45 Boulevard Carnot ».

Monsieur Vicente Blasco Ibanez s’installe définitivement à Menton et va consacrer une grande partie de sa fortune et de son temps à agrandir et embellir Fontana Rosa.

Depuis 1921 jusqu’à sa mort en 1928, il y eut des travaux dans la propriété.

MENTON, EMBELLISSEMENT DE FONTANA ROSA

Il commence alors à orner, meubler et changer l’aspect des trois maisons existantes. La maison du jardinier située à gauche de l’entrée, qui continuera à être la maison du jardinier, la Villa Fontana Rosa qui est la plus grande va lui servir de maison pour s’installer avec Dona Elena Ortuzar et la Villa Amélie sera consacrée au « travail » où il installera sa bibliothèque, son bureau et un logement pour son secrétaire.

Il n’y a pas de changements importants dans la Villa de Fontana Rosa, il va juste faire venir de sa maison à Madrid et de sa propriété de Malvarrosa à Valencia plusieurs cartons et de nombreux livres.

La première chose qu’il demande, c’est qu'on lui envoie de Madrid le piano mécanique qui continue à exister aujourd’hui en très mauvais état, dans l’escalier du premier étage.

Don Sigfrido, le fils de l’écrivain nous raconte à ce propos qu’il lui avait été offert en 1906 ou 1907 à Madrid par un toréador très célèbre appelé Antonio Fuentès qui lui avait donné tous les renseignements techniques pour son roman «Arènes sanglantes » :

« Comme le personnage de son roman, Juan Gallardo, Antonio Fuentès jouait un peu à l’intellectuel et il voulut offrir ce piano à mon père pour qu’il puisse écouter la musique de Beethoven et surtout de Wagner, mon père ne savait pas jouer du piano. Comme le premier piano mécanique avait été une révolution, mon père avait été enchanté par ce cadeau et il possédait de nombreuses bandes qui aujourd’hui sont cassées et dispersées dans la maison ».

Depuis le début, Vicente Blasco Ibanez voulait élargir le jardin et construire plusieurs monuments et maisons. En juin de l’année 1922, il achète à Madame Glena un terrain situé au nord de la bibliothèque et il nomme Monsieur Glena architecte de la propriété.

Monsieur Glena avait sur la Côte une certaine notoriété et Blasco Ibanez lui donne carte blanche pour embellir sa propriété.

Don Vicente fuyait les bruits pour pouvoir travailler et il achète petit à petit tous les terrains qui l’entouraient. Un jour, quelqu’un le prévient de la construction d’une maison d’habitation sur un terrain en face de l’entrée de Fontana Rosa qu’il achète par crainte d’un voisinage qui ne lui conviendra pas. Ce terrain se situe de l’autre côté de l’avenue du Pian qui s’appelle aujourd'hui Boulevard Vicente Blasco Ibanez depuis le 6 février 1964 par décision du Conseil Municipal de Menton, sur la demande insistante du Cercle Cervantès de Nice.

Le 7 juillet 1925, il achète la propriété Guidi qui se situe à gauche de la maison du jardinier, une fois encore pour éviter les bruits occasionnés par une famille d’agriculteurs vivant dans une petite ferme et cultivant fruits et fleurs.

Cette propriété était composée d’une maison provençale à deux étages, un puits, une fontaine et une surface de 9.000 m² plantée de nombreux arbres (des arbres fruitiers, citronniers et oliviers).

Enfin, le 6 août 1926, il achète une partie de la propriété de deux Philosophes français, les sieurs Fouillé. Ce terrain situé au-dessus de la propriété Glena entre la villa de Fontana Rosa et le Boulevard de Garavan, et d’une superficie de 539 m², comportait une maison à deux étages, une belle fontaine avec un petit bassin à la mode italienne. Dans cette petite maison va habiter le jardinier de Fontana Rosa.

Ainsi élargi, Fontana Rosa possédait plusieurs dépendances, un immense jardin plein d’arbres de diverses origines et petit à petit selon les nouvelles acquisitions, il va réorganiser une grande partie de ce jardin.

Il va d’abord embellir la partie autour de Fontana Rosa, il va créer des terrasses, de nombreuses fontaines et bassins, il va construire des bancs à la manière espagnole recouverts de faïences de couleurs très vives.

Dans les archives, aujourd’hui presque disparues de la bibliothèque, on trouve de nombreuses factures, des commandes des faïences, colonnes et sable à l’usine de céramique de Menton et à des sociétés de construction de Menton.

C’est à cette époque qu’il va créer un monument consacré aux écrivains qu’il admirait le plus au monde qu’il va appeler « Le jardin des romanciers ».

« Je veux édifier 10 monuments aux 10 plus grands écrivains qui ont jamais existé. Léopold Bernstamm est chargé de me les faire. C’est un grand sculpteur russe, ancien sculpteur du tzar qui habite Menton depuis la révolution et qui a beaucoup travaillé en France sur des monuments célèbres tel celui de Gustave Flaubert à Rouen, celui de Zola à Paris et de Berlioz à Monte Carlo. Un des dix écrivains est Cervantès et son monument sera le plus beau de tous ».

Effectivement, le sculpteur russe commence à travailler sur le buste de Cervantès, Balzac, Zola, Hugo, Shakespeare, Dickens, Dostoïevski, Tolstoï, Flaubert et Wagner.

Celui de Cervantès se situe immédiatement à gauche de l’entrée. Il se compose de plusieurs colonnes en arc de cercle avec des bas-reliefs en faïences importées de Séville. Il s’agit d’une imitation du style ancien avec 100 scènes de Don Quichotte.

Derrière les colonnes, il y aura des cyprès qui vont se refléter sur le bassin qui est au pied du monument. Après, il va tracer un escalier monumental qui arrive à la partie la plus haute de la propriété.

Une série de pergolas communiquent entre elles par des escaliers en mosaïque, ceux-ci coupés par des fontaines décorées avec des statues en marbre.

Le sol en mosaïque est incrusté du blason de la propriété qui représente des orangers et des citrons alternés de roses. Le tout sur un style des années 20, le « modern-style ».

Sur ce même style, il va agrandir la maison du jardinier avec un énorme aquarium comme celui qui était au Palais du Prince de Monaco, à l’époque du Prince Albert 1er.

Don Sigfrido nous raconte qu’à son retour de son tour du monde, Don Vicente avait ramené dans le Transatlantique Franconia de nombreuses jardinières en porcelaine de chine remplies de poissons aux yeux bombés et à la queue en voiles.

Ces poissons vont rapidement se reproduire dans l’aquarium de Fontana Rosa. Les poissons chinois vont être le cadeau de Blasco Ibanez le plus apprécié par les invités de la propriété.

A partir du 16 septembre 1923, il va projeter l’édification d’une nouvelle maison à côté de la bibliothèque : une salle de cinéma dans la partie haute, le rez-de-chaussée servant d’appartement pour les invités.

Lui-même va dessiner le projet, comme le démontre une lettre manuscrite qu’il va envoyer de Paris à son secrétaire, Dorotte, qui reste à Menton pour surveiller les travaux.

Blasco Ibanez cherchait à Paris une machine de projection pour sa petite salle de cinéma. Le Cinéma le fascinait. Depuis très tôt, il avait appris à faire des films et de nombreux scenarii. A l’époque, seules quelques salles de cinéma existaient dans des grandes villes ; posséder un cinéma personnel, c’était quelque chose de phénoménal que pouvaient se permettre seulement les milliardaires.

Tous les gens qui visitaient Fontana Rosa s’extasiaient devant la machine de projection et l’écran.

Plus tard, dans la partie supérieure de la propriété, au sud du Boulevard de Garavan, il a fait édifier une grande tour pour y faire sa résidence d’été.

A l’époque, les gens habitaient seulement l’hiver sur la Côte d’Azur, au contraire d’aujourd’hui où ils viennent l’été. Aucune personne riche ne résidait sur la Côte d’Azur l’été, mais pour lui, les meilleures saisons étaient la fin de l’été et l’automne, moments où il n’y avait plus personne et où il pouvait travailler dans le calme.

Cette tour se situe à côté du cinéma et dans son étage inférieur, il y a une petite bibliothèque. Au premier étage, un grand salon, au deuxième, plusieurs chambres et au-dessus une grande terrasse de laquelle il pouvait jouir d’un magnifique panorama sur la baie de Menton. Il y avait un ascenseur qui permettait l’accès à chaque étage mais pendant la guerre, les italiens ont emporté le moteur de l’ascenseur, le rendant inutilisable.

Les dépenses pour embellir Fontana Rosa se sont élevées à 3 millions de francs or, les travaux ont duré de 1921 jusqu’à la mort du romancier, le 28 janvier 1928. L’ensemble donnera un jardin particulièrement réussi avec 4 jardiniers chargés de l’entretenir. La beauté du jardin surprenait tous les visiteurs.

A ce propos, Monsieur Fontana, Maire de Menton et ami de l’écrivain, écrivait : « ….. les jardins de Fontana Rosa, appelés par le Maître « les Jardins des Romanciers » merveilleux Eden où il a voulu comme Goethe « Vivre, aimer, mourir », les jardins de Fontana Rosa, je dis bien les jardins, car dans ce coin merveilleux, Blasco Ibanez a fait revivre des aspects différents de la flore méditerranéenne.

En entrant, c’est la belle ordonnance d’un parterre romain qui nous accueille, une gracieuse construction en marbre et en mosaïque, sur une palette de teintes douces pensée jaune pâle, violette odorante, c’est le monument élevé à Cervantès. Sur une colonne, le buste du génial auteur, un bas relief : la vie chevaleresque de Don Quichotte et du fidèle Sancho, des cyprès bleus s’estompant sur le bleu plus sombre de la montagne et encore dans les massifs fleuris de bustes : Dickens, Dostoïevski, Zola, Flaubert, Balzac, Victor Hugo. Mais là, nous changeons le décor, près de ces villas de sa bibliothèque et de son cabinet de travail, c’est l’Espagne mystérieuse qu’il ressuscite. Le sol est recouvert d’une mosaïque de pierre que l’herbe dessine dans l’eau tranquille des bassins où les roses pourpres s’effeuillent lentement, des poissons rares venus de Chine se drapent dans les longs voiles irisés de leurs nageoires. Des grands arbres plein de chants font une ombre bienfaisante qui incite à s’asseoir sur les bancs en porcelaine glauque, coin préféré où les grands proscrits cherchaient des souvenirs de la terre natale ».

Don Vicente avait une véritable passion pour son jardin. Il parlait souvent avec ses jardiniers et s’inquiétait de tout ce que l’on pouvait faire pour l’embellir. Jusqu’à la fin de sa vie, cela a été une de ses grandes préoccupations.

Il se promenait souvent dans les jardins, il en avait besoin : « mon jardin est un instrument de travail, le premier de tous. Dans un hôtel particulier à Paris, je ne pourrais pas écrire comme je l’ai fait ici sans fatigue accablante. Je me fatigue énormément, puisque je ne suis pas en acier mais l’ambiance saine douce et poétique qui m’entoure rétablit immédiatement mes forces, réveille mon énergie pour continuer à avancer pour réaliser cet immense labeur sans affaiblir ma santé ».

Il nous décrit aussi son jardin avec beaucoup d’amour : « Fontana Rosa est presque un jardin tropical, il produit des bananes similaires à celles de Cuba, il a trois villas séparées. Une d’entre elles est destinée uniquement à mon travail, il y aura ma bibliothèque de plusieurs milliers de volumes. Je pense y rester d’une façon permanente. L’ambiance dont je me suis entouré ne peut être que favorable pour mon travail. Quand je me fatigue de travailler, je sors dans mon jardin qui est plat, je monte les escaliers jusqu’au jardin supérieur et j’observe l’immensité de la Méditerranée, les caps, les promontoires des Alpes-Maritimes et je retourne à ma bibliothèque pour continuer ».

Quand il revient de Paris, malade, le 9 janvier 1928, Paris venait de célébrer la mémoire de Victor Hugo qu’il admirait. Le changement de climat va le soulager un peu, il se promène dans son jardin, il a comme projet de nouveaux travaux, il pense à ériger de nouveaux bustes.

Mais bientôt, il se trouve sans force et il se voit obligé à laisser son jardin le 25 janvier 1928. Pendant la nuit du 27 au 28 janvier 1928, il agonise ; vers 2 heures du matin, ces derniers mots sont « Mon jardin, mon jardin ! ».

Les travaux de son jardin n’avaient pas été terminés et Vicente Blasco Ibanez avait pensé faire de sa maison et de celle de sa deuxième femme, Dona Elena, « La Maison des Romanciers » depuis l’année 1925.

Il avait parlé plusieurs fois de ce projet posthume, dans une lettre à Pio Baroja qui ne l’avait pas pris au sérieux et dans une lettre aussi à son ami, Emilio Gasco Contell. Il était conscient de l’énorme somme d’argent qu’il fallait pour maintenir cette énorme propriété qui s’élevait annuellement à 60.000 francs uniquement pour les jardins.

Il pensait qu’il serait nécessaire d’avoir un capital minimum d’un million et demi. Le projet ne sera pas réalisé et Fontana Rosa va se vider espérant peut-être la création future d’un institut hispanique. Ce projet se rallierait à celui de son créateur, Blasco Ibanez.

La dépouille de Blasco Ibanez va rester à Menton jusqu’au 31 octobre de l’année 1933, date de son transfert au cimetière civil de Valencia pendant la deuxième république espagnole.

LA VIE A FONTANA ROSA

Personnalité de Vicente Blasco Ibanez et sa vie mondaine

Quand il s’installe à Fontana Rosa, Vicente Blasco Ibanez est mondialement connu par son action politique de républicain intransigeant, pour son œuvre de romancier, de journaliste, par ses films et scenarii, pour ses talents d’orateur et pour sa vie amoureuse.

C’est-à-dire qu’il a une vie mondaine très active. A cette époque, bon nombre de personnages pittoresques passaient par Fontana Rosa, des inventeurs cherchant une aide financière, mais aussi des profiteurs. Tous les industriels américains, les politiques français, écrivains de toutes nationalités et tous les hommes de Lettres et des Arts qui passaient sur la Côte d’Azur, venaient voir l’écrivain.

La vie de Blasco Ibanez était très remplie, en travail mais aussi en mondanité. Il était rare qu’il ne soit pas invité à des soirées et rare les jours où il ne recevait pas chez lui.

A partir de 18 heures, il partait avec son épouse au Casino de Monte Carlo. Tout le monde aurait pu penser qu’il était un grand joueur, mais en fait, il n’a jamais joué de sa vie. D’ailleurs, il condamne sans pitié tous les jeux de hasard dans son livre « Les ennemis de la femme ». Il allait au Casino car Dona Elena aimait beaucoup jouer. Il finit par être le personnage le plus connu des salons de Monte Carlo qui, à cette époque étaient très fermés et dont l’accès était très difficile.

Blasco Ibanez se promenait pour observer les gens et s’en inspirer pour ses personnages de roman.

Après la construction de sa salle de cinéma, il va organiser une chambre pour invités dans le même bâtiment. Il va recevoir les personnages les plus célèbres de l’époque : écrivains, journalistes, compatriotes (Gasco Contell, Alcala Galiano, Gomès Garillo, José Mas, Martinès de la Riva, Henry Duvernois, Elvire Popesco, Rex Ingram, Antonio Moreno, le baryton Tita Rufo, le politique français Edouard Herriot et bien d’autres.

L’écrivain Panaït Istrati va souvent rendre visite à Vicente en 1925 et les deux écrivains vont se lier d’une grande amitié.

La première lettre destinée à Blasco Ibanez par cet écrivain avant sa rencontre est présentée dans la page 12 des annexes.

Le Prince Don Jaime de Bourbon y Bourbon venait souvent. Il était exilé sur la Côte d’Azur et il prétendait au trône d’Espagne. A cette époque, il avait approximativement 75 ans. Leur amitié va s’accentuer, leur amour commun étant l’Espagne.

Comme il venait souvent à Menton, il se proposait comme guide de Fontana Rosa aux visiteurs étonnés.

Cette impression est décrite par Monsieur Fontana : « Blasco Ibanez laissait à celui qui le voyait pour la première fois une impression qui ne s’effacerait jamais. Lorsqu’il avait une trentaine d’années, il avait avec sa carrure athlétique, sa magnifique chevelure noire, son teint foncé et sa barbe en pointe, l’allure d’un maure. Quand je l’ai connu vingt ans plus tard, ce n’était plus la même silhouette, mais je revois l’homme puissant bien découpé avec ses jeux et son masque romain…. Il souffrait d’une visibilité amoindrie de l’œil droit et se servait d’un monocle. Il jouait avec lui, Blasco était un orateur puissant. C’était un causeur étincelant. On était captivé par sa conversation si riche de faits, d’aperçus originaux, d’anecdotes, de souvenir, conversations prenantes, étourdissantes, pittoresques et savoureuses dont le Maître faisait presque tous les frais. Il connaissait d’ailleurs le français à fond mais il avait conservé quelques tournures toutes spéciales et un accent caractéristique ».

Vicente Blasco Ibanez avait une grande réputation par son aura littéraire. Il recevait tous les jours des lettres d’admirateurs du monde entier pour connaître son opinion à propos de toutes sortes de sujets, ainsi que pour lui demander son autorisation pour traduire ses livres.

Il y a une lettre de Monsieur José Da Silva Oliveira du 6 janvier 1924 qui parle de sa production de livres « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » en portugais. Une autre lettre du 11 septembre 1924 provenant de Tokyo lui donnant des nouvelles sur la vente de son roman « La jeune élégante ». Une autre lettre sur une traduction en polonais de l’éditeur Calmann Levy. Une autre de l’écrivain roumain, Panaït Istrati, lui demandant une recommandation pour les lecteurs espagnols et enfin une autre qui nous a parue particulièrement significative, montrant la célébrité de Vicente Blasco Ibanez, provenait du journal norvégien « El Aftenposten » qui, pour le centenaire de la naissance de Henrik Ibsen, demandait quelques lignes à l’écrivain. C’était le 12 janvier 1928, Blasco Ibanez est déjà très malade et ne pourra pas répondre.

Pour pouvoir recevoir tous ces gens, soigner son jardin, répondre aux lettres et écrire, Blasco avait besoin de beaucoup de personnel à son service et d’énormément d’argent. Nous avons trouvé une facture relative à une commande de champagne adressée à Paul Roger à Epernay, datée du 17 octobre 1922, c’est-à-dire au début de son installation à Fontana Rosa.

Il demande 120 bouteilles de champagne, le colis doit faire environ 300 kg et la somme payée se montait à 2.000 francs. Il accueillait somptueusement ses invités.

A Fontana Rosa, il y avait un chauffeur, une dame de compagnie pour Dona Elena, un valet de chambre pour l’écrivain, une ou deux servantes, la cuisinière et quatre jardiniers toute l’année. Il y avait un ensemble de 9 à 10 personnes à son service.

Le secrétaire personnel du romancier habitait aussi à la maison, il avait sa chambre au-dessus de la bibliothèque.

A Fontana Rosa, Blasco Ibanez menait une vie de milliardaire. Il avait des relations avec des industriels du monde entier et avec la haute bourgeoisie de la Côte d’Azur.

Le travail à Fontana Rosa

Don Vicente a toujours été un grand travailleur, il se lance dans de grands projets en dehors de l’Europe (Argentine).

Cependant à Fontana Rosa, il est toujours égal à lui-même. Il travaille de nombreuses heures sur la littérature, le journalisme et le cinéma.

Pour l’aider dans son travail, il va avoir plusieurs secrétaires à Menton. Le premier s’appelait Dorotte qui parlait très bien l’espagnol suivi par José Diaz qui est enterré à Menton et Carlos Linares, employé de l’éditorial « Promoteo » de Valencia qui va rester avec lui seulement trois mois. Abel Garcia Azorin est son dernier secrétaire, il va l’assister jusqu’au dernier moment de sa vie.

Ces trois secrétaires espagnols étaient originaires de Valencia.

Les tâches qui leur étaient dévolues étaient de classifier la bibliothèque, répondre à une partie du courrier puisque la plus grande partie, soit 80 %, était écrite à la main par l’auteur, et prendre des notes surtout à partir de 1925, année durant laquelle l’auteur perd la vue à cause du diabète.

Leurs horaires de travail commençaient à 8 heures du matin, heure à laquelle Don Vicente rentrait dans la bibliothèque où dans son petit bureau à côté de sa chambre, dans la villa Fontana Rosa.

Il travaillait jusqu’à 13 heures. Après quoi, il faisait une promenade dans Menton ou dans son jardin, il déjeuner à l’heure espagnole, c’est-à-dire à partir de 15h30 pour retourner dans son bureau à partir de 17h30. Il dînait à 21h30 et parfois il travaillait la nuit. Il écrivait, dictait, étudiait, prenait des notes, il lisait des livres d’histoire, de voyages, du 15ème et 16ème siècle puisque la plus grande partie des créations littéraires de Blasco Ibanez après son installation à Fontana Rosa a un fonds historique : « Le pape de la mer », « Le chevalier de la vierge », « A la recherche d’un grand Kan », roman posthume.

Après avoir étudié le sujet, il mémorisait tous les faits et les dates historiques pour dicter plus facilement sa nouvelle création. L’exemple type est le roman « Le chevalier de la vierge » qu’il va dicter en seulement vingt et un jours. Dans cet ouvrage, tous les personnages sont imaginaires, sauf Alonso de Ojeda, le Chevalier de la vierge, qui était un des compagnons de Christophe Colomb dans ses voyages.

Vicente avait une théorie sur Colomb qui est racontée par son fils :

« Mon père avait sa propre théorie sur Colomb que les académiciens et historiens vont accueillir avec un grand scepticisme. Dans son roman « El Gran Khan », il annonce que Colomb était juif. Mon père refusait l’idée qu’il était italien pour la simple raison que selon les italiens, il avait vécu jusqu’à l’âge de 18 ans en Italie et pourtant il ne connaissait pas un seul mot d’italien.

Colomb était un de ces juifs expulsés d’Espagne par les rois catholiques et qui avait renié sa religion pour ne pas être traité de « converso o marrano » terme que l’on donnait aux convertis au christianisme. Il se réfugie au Portugal en venant de Galice et revient en Espagne sous la protection de Santangel, trésorier des rois catholiques (lui aussi juif converti au christianisme) avec leur accord ».

Cette théorie a été adoptée postérieurement par l’écrivain Salvador de Madariaga qui est actuellement exilé en Angleterre.

Le romancier écrivait aussi pour des journaux, il faisait deux à trois articles par semaine pour une grande chaîne Nord-américaine qui possédait environ 250 journaux différents. Ces articles comportaient environ 6.000 mots pour lesquels il était payé 3.000 dollars. Il avait la liberté de choisir le sujet mais il écrivait souvent sur la littérature, ou sur des personnages. Après son roman de 1920 « Militarisme mexicain », il n’écrira plus sur la politique.

Le nombre de romans qu’il va écrire à Fontana Rosa est très important :

« La terre de tous », « Le paradis des femmes », « La Reine Califa », « Roman de la Côte d’Azur », « Le tour du monde d'un romancier », « Le père de la mer », « Aux pieds de Venus », « Roman d’amour et mort », et aussi de romans oubliés après sa mort « Le chevalier de la vierge » et « A la recherche du Grand Khan ». C’est-à-dire qu’il va composer à Fontana Rosa un tiers de sa création littéraire.

Lorsque Blasco Ibanez s’intéressait au cinéma, il va découvrir des talents comme Rudolphe Valentino qui va jouer le rôle de Julio Desnoyers dans le film « Les Chevaliers de l’Apocalypse ».

Il avait besoin d’un jeune pour jouer ce rôle. La Métro Goldwyn Mayer lui propose John Barrymore ou Douglas Fairbanks qui étaient des hommes mûrs. Pour ce rôle, il avait idéalisé l’image de son fils mort (Julio César). Ce fils dansait très bien le tango qu’il avait mis à la mode à Paris autour de 1914.

L’acteur, pour jouer ce rôle, devait donc danser le tango. Un figurant, danseur de tango, se présente pour le rôle. Quand Blasco Ibanez le voit, il trouve qu’il ressemble à son fils et il va l’imposer comme protagoniste pour son film.

Deux photographies de l’acteur sont à la bibliothèque de Blasco Ibanez.

Sur une, il est habillé en « poilu » français avec la dédicace suivante :

« A Vicente Blasco Ibanez » signé Julio Desnoyer.

Sur la deuxième photo, il figure en gaucho argentin avec la dédicace suivante :

« A Vicente Blasco Ibanez, celui qui lui doit tout » signé Rodolpho Valentino.

Les films signés par Rex Ingram furent représentés pour la première fois dans l’ancien cinéma « Le Majestic » à l’avenue Thiers à Nice.

Dans la bibliothèque, on trouve aussi les contrats de vente du roman « Arènes sanglantes » à la fameuse Players Lasky Corporation de New York le 6 février 1922 à Nice dont il va recevoir pour ce contrat 15.000 dollars. C’est Rex Ingram qui réalise aussi ce film.

Il y a une actrice inconnue, suédoise, qui arrive à cette époque en Amérique. Son premier rôle était pour le film «Sous la pluie blanche des orangers » que les américains ont intitulé « Le Torrent ». Blasco Ibanez n’était pas trop content de la reprise de son roman. Le deuxième rôle d’un autre film fait par la Métro Goldwyn Mayer d’après un roman de Blasco Ibanez appelé « La Tentatrice » va lancer la carrière de cette actrice qui s’appelait Greta Garbo.

D’autres adaptations de ses romans vont être réalisées avec pour acteurs et actrices : May Murray, Alice Terry, Nita Landi, Fernando Cortès et Antonio Moreno.

Le célèbre réalisateur d’Hollywood, Rex Ingram, habitait sur la Promenade des Anglais (n° 7) à Nice pendant l’année 1925. Il était devenu un ami intime de Blasco Ibanez. Il venait souvent rendre visite à l’écrivain à Fontana Rosa et un jour, il va lui demander la permission de filmer Mare Nostrum. Pour des raisons de budget, il voulait le filmer en France.

En France, il n’existait aucun studio cinématographique pour réaliser ce genre de film mais à Nice, il existait une petite structure « La Victorine » qui pouvait permettre de réaliser ce projet.

C’est le premier grand film connu mondialement fait à La Victorine qui va devenir le chef d’œuvre de Rex Ingram. Le rôle du Capitaine Ulysse Ferragut était tenu par Antonio Moreno.

Pour réaliser ce film, La Victorine a dû s’agrandir et installer un générateur de 5.000 ampères et construire une piscine de 25 mètres de long par 20 de large. L’Armée française a dû prêter à Rex Ingram des sous-marins allemands capturés pendant la guerre de 1914 qui vont rester longtemps dans le port de Nice.

Le tournage commence au mois de juillet 1925 et ce film va connaître un grand succès.

De nombreux producteurs vont solliciter la coopération du romancier. Dans la bibliothèque, on va trouver une lettre écrite par Rex Ingram le 1er avril 1925 provenant de Monat Film à Paris dans laquelle il demande un rendez-vous.

Dans le cinéma de Fontana Rosa, Blasco avait gardé tous les films faits à partir de ses romans et souvent il va les projeter pour ses invités.

A la mort de Blasco Ibanez, le 28 janvier 1928, à part son œuvre littéraire, il va laisser 23 films sortis directement de 7 de ses romans parmi lesquels on trouve : « Arènes sanglantes », « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse », « Mare Nostrum », « Sous la pluie blanche des orangers » en plus de nombreux autres scenarii.

Beaucoup de ces films vont avoir un succès mondial et vont servir à dévoiler des acteurs jusqu’à là inconnus. Certains de ses films vont avoir plusieurs versions, par exemple « Mare Nostrum » qui en aura trois.

On voit donc qu’à Menton, Blasco Ibanez continuait à travailler et à produire des ouvrages aussi diversifiés que nombreux.

Vicente Blasco Ibanez habite à Menton dans des conditions très particulières, similaires à celles de Voltaire à Ferney. Il accueille, reçoit et renferme au fond de son cœur la république exilée comme Victor Hugo à Guernesey.

CHRONOLOGIE DE SA PRESENCE SUR LA COTE D’AZUR

1917

Il passe l’hiver sur la Côte d'Azur au Cap Ferrat et à Nice à l’Hôtel Rhul où il commence son ouvrage « Mare Nostrum ». Il s'installe ensuite à Cimiez, un quartier résidentiel de Nice.

1918

De janvier à Juillet, il se repose à Monte Carlo. Il écrit « Les ennemis de la femme ».

1919

En octobre, il voyage en Amérique jusqu’au 22 juillet de l’année suivante.

1920

Il habite à la Villa Kristy -46, boulevard Carnot à Nice- et commence à écrire « L’Aigle et le serpent », romain jamais publié, et aussi « Le prêt de la défunte ».

1921

Il publie « Le Militarisme mexicain ». A partir du mois de juin, il cherche une propriété à acheter. Le 21 août, se tient à Nice la vente aux enchères de Fontana Rosa. En juin, il publie « Le prêt de la défunte ».

1922

Il s’installe à Menton, il écrit entre février et avril l’ouvrage « La terre de tous » et en juin « Le Paradis des femmes ». Il achète la propriété Glena.

1923

En mai, il écrit « La Reine Kalifa ». Au mois de septembre commencent les travaux de la salle de cinéma et en octobre, il entreprend un voyage de six mois autour du monde.

1924

Au mois de mars se publie « Le roman de la Côte d’Azur », en août « Le tour du monde d'un romancier » et en octobre « Une nation séquestrée ».

1925

Les travaux de la salle de cinéma sont terminés. En janvier est publié le troisième tome de « Le tour du monde d'un romancier », le 21 janvier, mort à Valencia de sa femme Maria Blasco del Cacho. En avril, il publie « Ce que sera la République espagnole ». Il commence les travaux de la Tour. La Victorine réalise la première version de « Mare Nostrum ». Le 16 juillet, il achète la propriété Guidiet et en octobre, il épouse à Menton Dona Elena Ortuzar.

Il publie en septembre « Au pied de Venus ».

1926

Le 2 août, il achète la propriété Fouillé.

1927

Il publie « Roman d’amour et mort ».

1928

Le 28 janvier, Blasco Ibanez meurt à Menton.

« Le chevalier de la vierge » et « A la recherche du Gran Kan » seront publiés à titre posthume.

1933

Le 29 octobre, la dépouille de Vicente Blasco Ibanez est rapatriée à Valencia.

Vicente Blasco Ibañez

Vicente Blasco Ibañez

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