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Les morts commandent

de

Vicente Blasco Ibañez

 

Par

Patrick Estève

Président du Cercle Blasco Ibañez

 

Bien chers amis,

C’est avec un plaisir particulier que je vous livre ces impressions de lecture du roman de Vicente Blasco Ibañez intitulé : « Les morts commandent ».

Ce roman fait partie des trente-deux romans écrits par Vicente Blasco Ibañez, mais il s’agit de son préféré pour différentes raisons certainement dues à l’avancée en âge et au rapport qu’entretenait l’auteur avec le passé.

Si j’ai trouvé l’ouvrage un peu irrégulier, j’ai eu cependant le plaisir de plonger et de découvrir la vie et le quotidien des habitants de Majorque. Comme à l’accoutumée, et conformément à sa fibre sociale et républicaine, Vicente Blasco Ibañez peint avec précision une fresque détaillée du monde rural et de ses traditions : celles des « rustres » qui vivent tant bien que mal du travail d’une terre aride et inhospitalière avec (toujours) la mer en toile de fond.

Don Jaime est un homme que l’on pourrait qualifier de bourgeois, mais qui s’exile parce qu’il est sans le sou. Il en est arrivé à envisager de se marier à une « chueta », une Marrane de Majorque, afin d’améliorer sa situation grâce à la dote de la jeune femme dont le père est efficace en affaires.

De ce point de vue, l’ouvrage m’a particulièrement intéressé, car il met au jour la condition des Marranes à Majorque : ces Juifs convertis au Catholicisme pourtant des siècles auparavant, mais qui continuent de porter une sorte de malédiction qui les contraint dans les faubourgs et surtout, à ne pas pouvoir se mêler au reste de la population.

Les Marranes « Chuetas » sont traités comme une caste inférieure en inde ; et cela dure de générations en générations.

Lors de son exil, l’homme de bonne condition et d’âge mûr découvre le dénuement d’une vie à la campagne à côté d’une famille de simple paysans sur des terres qui lui appartiennent, où il s’installe dans une tour à proximité des métayers qui le nourrissent et lui prodiguent les meilleurs soins.

Vicente Blasco Ibañez, que l’on peut assimiler à de nombreux égards à ce bourgeois de Majorque, profite de l’exil et d’une forme de retraite pour se questionner sur l’influence des morts sur nos vies : les morts commandent-ils encore nos vies ?

Par « Morts », il entend les ancêtres, les parents et grands-parents qui ont prodigué des enseignements, des valeurs et des interdits comme, par exemple celui de ne jamais épouser une « Chueta », une Marrane, au risque de voir le malheur et la honte s’abattre sur soi. C’est ce qui l’a poussé à quitter Majorque sur le conseil de l’oncle de la jeune Marrane, un de ses amis, alors qu’il était en plein questionnement.

Progressivement, sur la terre de l’exil, Don Jaime découvre les coutumes des « rustres », leur caractère particulièrement dur, leur goût pour les armes blanches mais aussi pour les armes à feu qu’un forgeron fabrique à merveille.

La famille qui s’occupe de son hôte avec déférence comporte un fils et une fille en âge de se marier.

Durant son séjour, Don Jaime découvre les bals où se mêlent les jeunes gens au cours de danses nuptiales audacieuses dans la douceur et la violence d’une sorte de flamenco où l’on n’hésite pas à tirer des coups de revolver pour impressionner la belle qu’on rêve de conquérir.

Quand arrive le tour de la jeune femme qui a dorénavant attiré les faveurs de Don Jaime, ce dernier n’hésite pas à se mêler, malgré son âge et sa différence de condition, aux prétendants pour faire valoir son attirance et les sentiments qu’il ressent.

Ce fut notamment le cas lors de la visite des prétendants au domicile familial, le soir, où l’on occupe successivement la chaise à côté de la promise comme tout jeune et fougueux candidat.

Cette audace et ce décalage de Don Jaime met tout le monde mal à l’aise, comme l’assiduité que met l’homme à séduire la jeune et innocente jeune femme qui lui signifie tout de même une forme d’indifférence timide. De plus, les concurrents vont se mettre au défi, ce qui vaut à Don Jaime de frôler la mort un soir, quand deux balles frappent le cadre de la fenêtre de la tour où il vit, tout près de son visage.

La situation se crispe encore davantage lors du second assaut où Don Jaime (prévenu d’un chemin de fuite par le garçon de la famille au premier incident), arrive à sortir de la tour de nuit devant un nouvel assaut pour finalement échanger plusieurs coups de feu avec son assaillant qu’il tue après avoir reçu une balle qui le traverse en pleine poitrine.

Cette tragédie se termine dans le foyer des « rustres » où le prétendant est soigné par la jeune femme qui lui prodigue tous les soins nécessaires pendant que son cœur bascule progressivement en faveur de Don Jaime assez fou pour avoir bravé tout cela pour elle. Outre le charme irrésistible de la jeune femme, l’homme de la ville veut enlever la jeune femme à son destin d’une dure vie de labeur aux champs.

Au moment de la venue de son ami Marrane, le Capitaine Valls, qui a été informé de l’infortune de son ami par les journaux de Majorque, l’auteur fait un nouveau bout de chemin intérieur et se confie : qui commande, demande-t-il avant de répondre, ce ne sont pas les morts, c’est la vie, et par-dessus la vie, l’amour.

Le roman « Les morts commandent » fut une balade intéressante dans les tiraillements intérieurs de Vicente Blasco Ibañez, mis en perspective de la vie des humbles, de la vie de Majorque et, en toile de fond, de la vie tout court à travers le questionnement de l’auteur pour la condition des Marranes en Espagne, et plus précisément des Marranes de majorque : les « Chuetas ».

Patrick Estève

Président du Cercle Blasco Ibañez

Impressions de lecture : Les morts commandent de Vicente Blasco Ibañez
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