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Bonsoir.

J'ai le plaisir de mettre en ligne un texte rédigé par Mme Consuelo Meunier, adhérente du Cercle, qui a résumé Emilio Gascó Contell dans son livre "Genio y Figura de Blasco Ibañez".

Un grand merci à Consuelo.

Patrick Estève - Président du Cercle Blasco Ibañez.

 

Vicente Blasco Ibañez et la première guerre mondiale

Quand éclata la guerre en août 1914, Blasco Ibañez avec son tempérament passionné et tumultueux ne pouvait pas rester neutre ; il s’empressa de prendre parti et de défendre la cause de la France et des alliés.

« D’un côté, l’insolent militarisme prussien, de l’autre côté, la patrie des Droits de l’Homme « et de Victor Hugo ». D’un côté, la réaction, la caverne, la force brute, de l’autre côté, la « Liberté, la Civilisation »

Il s’installa à Paris, au cœur du conflit, et se consacra avec passion à la propagande en faveur des alliés, se rendant sur les champs de bataille et visitant les tranchées avec l’autorisation du gouvernement français ; on dit même que le Président Poincaré l’aurait incité à écrire des romans ayant pour thème la Grande Guerre.

Ses romans étaient déjà bien connus à l’étranger , en France surtout mais « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » provoquèrent un tumulte littéraire universel (sauf en Espagne) ; Aux Etats-Unis, le succès fut énorme et servit la propagande en faveur des alliés dans une Amérique très longtemps hésitante sur une intervention que les intrigues allemandes contrecarraient.

L’action du roman se déroule en pleine guerre, après la bataille de la Marne et l’un des personnages décrit l’hallucinante chevauchée des quatre coursiers, la Guerre, la Faim, la Peste et la Mort.

L’activité littéraire de Blasco ne s’arrêta pas et quelques mois plus tard parut « Mare Nostrum », roman de guerre, de la lutte en Méditerranée entre les navires des alliés et les sous-marins allemands, et de l’espionnage international. Il faut ajouter que dans ce roman, la Méditerranée, notre mer latine, ne sert pas seulement de toile de fond ; elle est un vrai personnage, chanté et peint dans toute sa dimension physique et sa profondeur historique.

Emilio Gascó Contell nous dit : « il semble incroyable que Mare Nostrum, aux couleurs stupéfiantes avec des descriptions si lyriques de la côte d’Alicante, naquit dans un appartement de l’avenue des Ternes de Paris, par temps de guerre, dans le manque de confort et l’angoisse des bombardements.

Pour compléter, en quelque sorte, une trilogie de la guerre, Blasco publia « Les ennemis de la femme » dont l’action se déroule à Monte-Carlo, loin des sanglants champs de bataille. Blasco, satirique, voulut mettre en évidence les jouisseurs qui, pendant presque toute la durée de la tragédie, surent rester en marge des événements, continuant à savourer leur existence vide dans un des plus beaux endroits du globe, jusqu’à ce que, touchés par la grâce, certains d’entre eux se lancent dans la bataille pour en sortir avec le corps déchiré mais avec une âme neuve.

« J’ai dû passer les derniers mois de la guerre sur la Côte d’Azur, a dit Blasco Ibañez, pour « rétablir ma santé gravement compromise par les excès de travail de quatre années. Les « médecins m’avaient prescrit de manière rigoureuse de m’abstenir de toute occupation mentale. « mais j’ai l’impression de ne pas vivre quand je ne fais rien. Les jours de paresse  j’ai l’aspect « honteux et confus de quelqu’un dont la conscience ne serait pas tranquille. Après quelques « semaines de repos forcé, j’ai senti la nécessité  de composer un nouveau roman et c’est ainsi que « – lentement – à cause d’un état physique précaire, j’écrivis mon livre.

« Par un phénomène étrange, au fur et à mesure que la composition avançait, je sentais que ma « santé se rétablissait et après avoir fini le dernier chapitre, plus rien ne s’opposait aux « préparatifs de mon voyage aux Etats Unis. « Les ennemis de la femme » ont donc été rédigés à  « Monte-Carlo où j’ai vécu une année entière et si je suis resté là-bas après la signature de la «  paix , ce fut parce que je souhaitais terminer cette œuvre sur les lieux mêmes où se « déroule l’action ».

Mais l’activité littéraire de Blasco ne se limita pas à l’écriture de ces trois romans pendant les hostilités. Ses travaux en faveur d’une propagande partisane et absolument sincère lui firent écrire de nombreux articles pour des journaux d’Espagne et d’Amérique.

D’autre part, à partir d’octobre 1914, il avait commencé la publication d’un cahier hebdomadaire de trente-deux pages abondamment illustré. Ces cahiers constituèrent finalement les neuf gros volumes de la « Historia de la Guerra Europea » édités par la « Editorial Prometeo de Valencia »

Il va sans dire que pendant toute cette époque, Blasco Ibañez a supporté à Paris les mêmes privations que tous les habitants de la capitale, le manque de charbon, le manque de produits alimentaires et le manque d’argent.

Mais le romancier se trouvait dans son élément. Pendant quelque temps, il redevint agitateur sans même s’en apercevoir. Désireux de réaliser en Espagne (qui restait neutre et où la propagande austro-allemande était très intense, soutenue par l’aristocratie, le clergé et les carlistes) des actions en faveur de la France, il partit à Madrid où régnait une ambiance d’agressivité et d’excitation dans laquelle les deux camps s’opposaient farouchement, les francophiles appelés « avanzados » aux idées avancées, les germanophiles ou « cavernícolas » amants de la tradition et de l’ordre à la prussienne.

Les journaux germanophiles présentèrent le voyage du romancier comme une tentative d’entraîner l’Espagne à la guerre aux côtés de la France et de l’Angleterre. Le gouvernement, soucieux d’éviter des désordres, interdit à Blasco de communiquer directement avec le public. Il lui fut impossible d’organiser des réunions publiques et il quitta Madrid pour se rendre à Valencia où la majorité des habitants était favorable à la cause des alliés. Mais le grand meeting organisé par les amis du romancier fut interdit par les autorités et Blasco dut partir en direction de Barcelone.

Les valenciens envahirent le port et accompagnèrent Blasco sur des petites embarcations  pour le saluer aussi longtemps que possible.

Le bateau dans lequel se trouvait Blasco arriva à Barcelone aux premières heures de la matinée.

Les francophiles catalans, amis décidés et expérimentés, avaient prévu  de faire le même jour une grandiose manifestation en faveur de Blasco mais elle devait avoir lieu l’après-midi. Seuls quelques intimes de Blasco se trouvaient au port à son arrivée. Les germanophiles arrivèrent en grand nombre pour lui faire un accueil très spécial, injures, sifflets, cris de mise à mort, jets de pierres contre le bateau. Le chef de la police de Barcelone monta à bord pour demander à Blasco de rester caché jusqu’à la fin de la manifestation hostile. C’était mal connaître son caractère : Blasco descendit à terre accompagné par le petit groupe de ses fidèles parmi lesquels sa sœur, doña Pilar, qui habitait à Barcelone. Son attitude aurait pu lui être fatale mais le Gouverneur envoya finalement un détachement de « Guardia civil » à cheval pour l’accompagner jusqu’à son domicile. Dans son véhicule, le romancier, un revolver sur les genoux pour être prêt à répondre, défiait la foule des germanophiles que les gardes à cheval devaient repousser pour faire avancer le véhicule. Les francophiles, eux, étaient arrivés et c’est au milieu de violentes échauffourées que Blasco parvint à la maison de sa sœur, femme aussi intrépide que lui qui ne le quitta pas un instant.

A Madrid furent suspendus, naturellement, toutes les conférences et meetings en faveur des alliés.

Cet effort mental et les nombreuses émotions qui avaient affaibli son puissant système nerveux mirent en danger la santé de Blasco. Les médecins lui ayant recommandé un repos absolu sous un climat moins rigoureux, il partit à Nice.

N.B. Le texte ci-dessus est un résumé d’un chapitre de 11 pages consacré par Emilio Gascó Contell à ce thème  dans son livre « Genio y figura de Vicente BLASCO IBAÑEZ, agitador, aventurero y novelista »

 

Vicente Blasco Ibañez et la première guerre mondiale
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